Technicien chauffagiste inspectant une chaudière collective gaz dans une chaufferie d'immeuble
Publié le 8 février 2026

Vos copropriétaires vous appellent chaque semaine pour se plaindre des charges. La facture de gaz a bondi de 40% en deux ans, et la prochaine AG s’annonce tendue. J’accompagne des syndics dans cette situation depuis des années, et je vais vous dire franchement : changer de fournisseur ne suffit pas. C’est un levier parmi d’autres. Voici les quatre actions qui font vraiment baisser la note, avec les chiffres et les délais réels que je constate sur le terrain.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Les tarifs et conditions mentionnés peuvent évoluer. Consultez un courtier en énergie ou votre fournisseur pour une analyse adaptée à votre copropriété.

Les 4 leviers pour réduire vos charges gaz en 30 secondes :

  • Comparer les offres de marché en demandant des devis à la même date
  • Vérifier la Consommation Annuelle de Référence (CAR) avant toute négociation
  • Optimiser l’installation technique (désembouage, régulation, calorifugeage)
  • Choisir entre prix fixe et indexé selon votre horizon et aversion au risque

Pourquoi les charges de gaz explosent en copropriété (et ce n’est pas qu’une question de prix)

75%

Part du chauffage dans la consommation d’énergie d’un logement selon l’ADEME

Quand un copropriétaire me demande pourquoi sa facture a doublé, je commence toujours par la même question : savez-vous ce que vous payez exactement ? La réponse est rarement précise. Votre facture de gaz se décompose en trois blocs : le prix de la molécule (la partie que vous pouvez négocier), les coûts d’acheminement (fixés par la CRE, environ 15% du total), et les taxes. Selon l’arrêté du 29 décembre 2024, l’accise sur les gaz naturels s’établit désormais à 17,16€/MWh depuis janvier 2025.

Ce chiffre vous dit quelque chose ? L’année dernière, cette même taxe était à 16,37€/MWh. Et en 2023 ? Seulement 8,37€/MWh. La fiscalité a doublé en deux ans, avant même de parler du prix du gaz lui-même. Cette hausse, aucun changement de fournisseur ne l’effacera.

Soyons clairs : depuis la fin des tarifs réglementés de vente au 1er juillet 2023, toutes les copropriétés sont passées en offre de marché. Le filet de sécurité a disparu. Si vous n’avez pas renégocié depuis, vous subissez probablement un contrat reconduit tacitement à des conditions défavorables. Pour approfondir la question des stratégies de réduction des coûts du gaz professionnel dans le contexte actuel, je recommande de commencer par un audit de votre contrat existant.

Mon avis tranché : avant de contacter un seul fournisseur, récupérez votre CAR (Consommation Annuelle de Référence) sur vos dernières factures. Sans ce chiffre, vous comparez des pommes et des oranges.

Les 3 leviers qui font vraiment baisser la facture

Je recommande toujours de traiter les trois leviers en parallèle, pas l’un après l’autre. Pourquoi ? Parce que les économies se cumulent. Et parce que présenter un plan d’action global en AG impressionne davantage qu’une simple proposition de changement de fournisseur.

Impact des 3 leviers : effort vs économies potentielles
Levier Effort Délai Économie potentielle À qui confier
Changement fournisseur Moyen 1-2 mois 10-20% Syndic + courtier
Optimisation technique Fort 3-6 mois 10-15% Chauffagiste
Régulation comportementale Faible Immédiat 5-15% Exploitant

Renégocier ou changer de contrat : le levier rapide (mais pas suffisant)

J’ai accompagné Mme Durand, présidente du conseil syndical d’une copropriété de 45 lots à Villeurbanne, l’année dernière. Son contrat Engie arrivait à échéance, et les charges de chauffage avaient bondi de 42% en deux ans. Sa première mise en concurrence ? Un échec. Les devis reçus à des dates différentes rendaient toute comparaison impossible.

Nous avons repris le processus en demandant des offres simultanées à cinq fournisseurs. Résultat : 18% d’économies sur la facture annuelle. Mais attention, ce résultat dépend énormément du timing. Les offres commerciales ont une validité très courte, environ 15 jours selon les alertes de l’ARC. Si vous voulez comparer efficacement, utilisez un comparateur gaz copropriété qui centralise les offres à date identique.

La négociation avec les fournisseurs nécessite une préparation rigoureuse des données de consommation



Optimiser l’installation technique : les économies invisibles

Ce que je vois trop souvent : des syndics qui changent de fournisseur sans regarder l’état de la chaufferie. C’est comme changer de supermarché alors que votre frigo fuit. Les recommandations de l’ADEME sont claires : une programmation adaptée permet jusqu’à 15% d’économies d’énergie. L’individualisation des frais de chauffage génère une baisse moyenne de 15% des consommations.

Trois interventions techniques à évaluer en priorité :

  • Le désembouage du réseau (améliore le rendement de circulation)
  • Le calorifugeage des tuyauteries en chaufferie et sous-sol
  • L’équilibrage hydraulique du réseau de radiateurs

Ces travaux nécessitent un investissement initial, mais le retour se mesure dès la première saison de chauffe. Mon conseil : demandez un devis d’audit thermique avant toute autre démarche.

Agir sur les comportements : la régulation intelligente

L’installation de robinets thermostatiques sur les radiateurs permet d’économiser 5 à 10% d’énergie selon l’ADEME. C’est l’intervention la plus rapide à mettre en place, et elle responsabilise chaque occupant sur sa consommation.

Conseil de terrain : Commencez par la programmation de la chaudière. Beaucoup de copropriétés chauffent encore la nuit comme le jour, le week-end comme la semaine. Un simple réglage des plages horaires peut réduire la facture de 10% sans aucun investissement.

Changer de fournisseur en copropriété : procédure et pièges à éviter

Le changement de fournisseur en copropriété n’est pas une décision que vous pouvez prendre seul. Selon les directives du Médiateur national de l’énergie, c’est un acte d’administration qui nécessite un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 24. Le délai technique minimum est de 4 jours pour le gaz naturel, mais en pratique, comptez plutôt 30 à 60 jours entre la décision et la mise en service effective.


  • Analyse consommation CAR et échéance contrat actuel

  • Mise en concurrence simultanée des fournisseurs

  • Réception et comparaison des devis TTC complets

  • Présentation en AG et vote à la majorité article 24

  • Signature du nouveau contrat

  • Mise en service effective par le nouveau fournisseur
Le relevé précis de la CAR sur le compteur est indispensable avant toute mise en concurrence



Les 3 erreurs qui coûtent cher aux syndics

  • Comparer des devis reçus à des dates différentes (le prix du gaz change chaque jour sur les marchés)
  • Se focaliser sur le prix HT de la molécule sans intégrer l’accise, les CEE et les frais de gestion
  • Oublier de vérifier que tous les devis sont basés sur la même CAR

Dans les dossiers que j’ai traités en Île-de-France, l’erreur la plus coûteuse reste la comparaison sur le seul prix de la molécule. J’ai vu des syndics découvrir un écart de 8 à 15% entre le tarif annoncé et la facture réelle, simplement parce que les coûts annexes n’avaient pas été intégrés. Ce constat n’est pas généralisable à toutes les régions, mais il revient régulièrement.

Contrat fixe ou indexé : comment choisir sans se tromper en 2025

C’est LA question qui revient à chaque fois. Faut-il verrouiller un prix fixe pour se protéger, ou miser sur l’indexé pour profiter des baisses du marché ? Ma réponse : ça dépend de votre profil de risque et de votre horizon.

Fixe ou indexé : quelle option pour votre copropriété ?

  • Si votre contrat expire dans moins de 12 mois :
    Envisagez un contrat fixe court (1-2 ans) pour sécuriser immédiatement vos charges et éviter la reconduction tacite à des conditions défavorables.
  • Si votre copropriété ne peut pas absorber une hausse brutale des charges :
    Privilégiez un contrat à prix fixe pour garantir une visibilité budgétaire. Les copropriétaires pourront voter un budget prévisionnel fiable.
  • Si vous êtes prêt à suivre le marché et potentiellement renégocier :
    Un contrat indexé avec durée courte (1 an) peut vous faire bénéficier des baisses. Mais prévoyez de relancer une mise en concurrence chaque année.
  • Si vous voulez la tranquillité pour plusieurs années :
    Un contrat fixe de 2-3 ans évite les renégociations annuelles et simplifie la gestion.

Mon avis pour 2025 : dans un contexte de relative stabilisation des prix après les turbulences de 2022-2023, un contrat fixe de 2 ans offre un bon compromis. Mais je ne recommande jamais d’engagement supérieur à 3 ans actuellement. Le marché reste imprévisible. Pour finaliser le choix de votre fournisseur d’énergie, faites jouer la concurrence jusqu’au bout.

Avantages du prix fixe


  • Budget prévisionnel fiable pour l’AG

  • Protection contre les hausses brutales

Inconvénients du prix fixe


  • Prime de risque intégrée (plus cher à la signature)

  • Pas de bénéfice si le marché baisse

Vos questions sur la réduction des charges gaz en copropriété

Peut-on changer de fournisseur de gaz sans l’accord de l’AG ?

Non. Le changement de fournisseur est un acte d’administration qui nécessite un vote à la majorité simple de l’article 24 (copropriétaires présents et représentés). Toutefois, l’AG peut déléguer ce pouvoir au conseil syndical par un vote à la majorité absolue de l’article 25. Cette délégation permet d’agir plus rapidement lors des renouvellements de contrat.

Combien de temps faut-il pour changer de fournisseur en copropriété ?

Comptez 60 à 90 jours pour un changement complet : 30-45 jours de préparation et mise en concurrence, 15 jours pour le vote en AG, puis 30 jours de délai technique pour la mise en service. Le délai minimum réglementaire est de 4 jours pour le gaz, mais la procédure administrative allonge considérablement ce délai.

Quelle différence entre un contrat à prix fixe et à prix indexé ?

Le contrat à prix fixe verrouille le prix de la molécule pendant toute la durée de l’engagement (les taxes peuvent évoluer). Le contrat indexé suit les variations du marché de gros (TTF). Le fixe offre de la visibilité budgétaire, l’indexé permet de profiter des baisses mais expose aux hausses.

Le changement de fournisseur peut-il entraîner une coupure de gaz ?

Non, jamais. Le réseau de distribution reste le même (GRDF dans la plupart des cas). Seul le fournisseur qui vous facture change. La continuité de fourniture est garantie par la loi. Aucune intervention technique n’est nécessaire sur votre installation.

Quelles sont les aides disponibles pour réduire la consommation de gaz en copropriété ?

Les principales aides concernent les travaux de rénovation énergétique : MaPrimeRénov’ Copropriétés, les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), et l’éco-prêt à taux zéro collectif. Le bouclier tarifaire gaz pour l’habitat collectif a pris fin en 2024. Pour les travaux, un audit énergétique préalable est souvent exigé.

La prochaine étape pour vous : récupérez votre dernière facture de gaz et notez votre CAR (en MWh). C’est la base de toute comparaison sérieuse. Si votre contrat arrive à échéance dans les 6 prochains mois, lancez la mise en concurrence maintenant. Les meilleurs tarifs s’obtiennent 2 à 3 mois avant l’échéance, pas dans l’urgence.

Précisions sur les tarifs et contrats gaz 2025

  • Les prix du gaz fluctuent quotidiennement sur les marchés de gros – les exemples chiffrés sont indicatifs
  • Les économies réalisables dépendent du profil de consommation spécifique de votre copropriété
  • Les conditions contractuelles varient selon les fournisseurs et évoluent régulièrement

En cas de doute, consultez un courtier en énergie professionnel ou le Médiateur national de l’énergie.

Rédigé par Julien Mercier, consultant en optimisation énergétique pour copropriétés depuis 2018. Basé en région lyonnaise, il a accompagné plus de 150 copropriétés dans la renégociation de leurs contrats de gaz et l'optimisation de leur chauffage collectif. Son expertise porte sur l'analyse des offres de marché post-TRV, l'audit énergétique des installations collectives et la préparation des dossiers pour assemblées générales. Il intervient régulièrement en formation auprès de cabinets de syndics sur les enjeux de la transition énergétique en copropriété.